La valorisation énergétique des déchets s’accélère en Afrique. Le Maroc, l’Égypte et l’Afrique du Sud sont les pays engagés dans le développement de cette filière. Entre production d’électricité, exploitation du biogaz et nouvelles réglementations, plusieurs initiatives visent à répondre aux besoins énergétiques du continent. Toutefois, les risques associés à l’incinération relancent le débat sur les choix technologiques et les priorités de l’économie circulaire.

Selon un récent rapport de la plateforme spécialisée Attaqa, plusieurs projets et mesures publiques montrent cette évolution. Au Maroc, un projet de valorisation énergétique des déchets se concrétise. En Égypte, les autorités ont instauré un tarif de rachat spécifique pour l’électricité produite à partir des déchets solides municipaux, du biogaz issu des décharges et des boues d’épuration. Le dispositif égyptien prévoit également l’approvisionnement des installations en matières premières par les collectivités locales, sans coût supplémentaire pour les exploitants. Cette mesure vise à soutenir le développement des projets et à structurer une filière de production énergétique à partir des déchets.
Incinération des déchets : des préoccupations environnementales
Malgré ces perspectives, le recours à l’incinération suscite des réserves. Un rapport publié par ESI Africa souligne les limites environnementales de certaines technologies de valorisation énergétique. Les auteurs mettent en garde contre le risque de voir l’incinération encourager indirectement la production de déchets, au détriment de leur réduction et de leur recyclage. Ils préconisent de privilégier le tri, la prévention des déchets à la source et les politiques publiques favorisant l’économie circulaire. La digestion anaérobie figure parmi les solutions proposées. Cette technologie permet de transformer les matières organiques en biogaz et en digestat pouvant être valorisé comme fertilisant.
Des cadres réglementaires en évolution
L’Afrique du Sud dispose d’un cadre réglementaire destiné à faciliter le développement des projets de biogaz. En 2021, le pays a modifié sa loi sur la régulation de l’électricité. Ceci, afin de faciliter le raccordement de ces installations au réseau national. Sa stratégie de gestion des déchets, adoptée en 2020 prévoit aussi l’interdiction de l’enfouissement direct des déchets organiques. L’objectif est d’encourager leur valorisation par digestion anaérobie. Cependant, le pays ne dispose pas de mécanismes de soutien comparables aux tarifs préférentiels et aux incitations fiscales appliqués dans certains pays européens.
Au Kenya, la loi de 2022 sur la gestion durable des déchets a été complétée en novembre 2024 par des règles relatives à la responsabilité élargie des producteurs. Ces dispositions visent à favoriser la conception de produits recyclables et à renforcer la participation des entreprises à la gestion des déchets. En Éthiopie, l’usine Reppie constitue à l’inverse un exemple controversé en raison de son recours à l’incinération des déchets organiques, plutôt qu’à leur tri et à leur compostage.
Cuisson propre et bioénergie : de nouvelles mesures incitatives
La dynamique de valorisation des déchets s’inscrit dans une évolution plus large des politiques énergétiques africaines. Selon le rapport 2026 de l’AIE consacré aux politiques énergétiques, le continent connaît une progression des initiatives en faveur de la cuisson propre. Par ailleurs, des projets de bioénergie utilisant les déchets organiques pour produire du méthane ont été développés.
Plus de 60 nouvelles politiques ont été lancées en Afrique en 2025. Cette évolution intervient alors que près des trois quarts de la population africaine restent privés d’un accès à des moyens de cuisson propres. Plusieurs gouvernements ont ainsi adopté des mesures fiscales pour accélérer la transition. Le Kenya a supprimé la TVA sur le bioéthanol, tandis que le Nigeria a exonéré de taxes le biogaz et ses équipements. L’Ouganda et la Tanzanie ont, pour leur part, supprimé les droits de douane sur certains appareils de cuisson économes en énergie.
Parallèlement, le Rwanda, le Bénin, le Nigeria, la Guinée et la Namibie ont engagé des réformes politiques. Elles visent à limiter les plastiques à usage unique dans le cadre de leurs efforts de lutte contre la pollution.
La réduction des déchets à la source, le tri, le compostage et la digestion anaérobie apparaissent comme des leviers complémentaires de la transition énergétique. L’enjeu pour les gouvernements africains consiste à développer des filières adaptées aux réalités locales. Toutefois, ils doivent éviter que la recherche de nouvelles sources d’énergie ne se fasse au détriment de la prévention de la pollution et du recyclage.
Médard Clobechi


