Climateflation : quand le dérèglement climatique commence à peser sur les prix alimentaires

Et si une partie de l’inflation observée dans les marchés était désormais liée au climat ? Sécheresses, vagues de chaleur, pluies extrêmes et perturbations des récoltes peuvent réduire l’offre agricole et provoquer des tensions sur les prix. Ce mécanisme, de plus en plus étudié par les économistes, porte un nom : la « climateflation », ou inflation climatique. Un phénomène qui pourrait devenir un enjeu majeur pour les pays fortement dépendants de l’agriculture.

Le terme a notamment été popularisé en 2022 par Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE). Dans un discours consacré aux nouvelles sources d’inflation énergétique, elle distingue la climateflation, liée aux effets physiques du changement climatique, de la fossilflation, associée à la dépendance aux énergies fossiles, et de la greenflation, qui peut apparaître lorsque la transition écologique renchérit temporairement certains matériaux ou technologies.

La logique de la climateflation est relativement simple. Une sécheresse peut diminuer les rendements du maïs, du blé ou d’autres cultures. Une chaleur excessive peut affecter les animaux d’élevage ou certaines productions végétales. Des pluies exceptionnellement fortes peuvent, elles aussi, détruire des récoltes ou perturber les transports. Lorsque l’offre se contracte alors que la demande reste élevée, les prix peuvent augmenter. La hausse peut ensuite se diffuser à d’autres secteurs, notamment la transformation et la restauration.

Des effets mesurables sur l’inflation

Une étude publiée en 2024 dans Communications Earth & Environment, réalisée par Maximilian Kotz, Friderike Kuik, Eliza Lis et Christiane Nickel, apporte des éléments particulièrement significatifs. Les chercheurs ont exploité plus de 27 000 observations mensuelles d’indices de prix à la consommation provenant de différents pays afin d’étudier la relation entre conditions climatiques et inflation.

Leurs résultats suggèrent qu’une hausse des températures peut exercer une pression persistante sur les prix alimentaires et l’inflation générale. Selon leurs projections pour 2035, le réchauffement pourrait ajouter 0,92 à 3,23 points de pourcentage par an à l’inflation alimentaire mondiale, selon les scénarios climatiques, les modèles utilisés et les spécifications statistiques. Pour l’inflation globale, la fourchette est estimée entre 0,32 et 1,18 point.

L’étude montre également que les régions tropicales et les zones de basses latitudes pourraient être particulièrement exposées. L’effet n’est donc pas uniforme : il dépend du climat local, des saisons, de la structure économique et de la capacité d’adaptation.

L’épisode de chaleur exceptionnel de l’été 2022 en Europe fournit un exemple concret. Les chercheurs estiment qu’il a contribué à une hausse de l’inflation alimentaire comprise entre 0,43 et 0,93 point de pourcentage, avec une estimation centrale d’environ 0,67 point.

Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse la météo

Dans les économies où une part importante des revenus et de l’emploi dépend de l’agriculture, le mécanisme mérite une attention particulière. Une baisse de production peut simultanément réduire les revenus de certains producteurs et augmenter la facture alimentaire des consommateurs.

Au Bénin comme dans d’autres pays africains, l’enjeu est donc moins de considérer chaque hausse de prix comme une conséquence du changement climatique que de mieux identifier la part des facteurs climatiques dans les variations des prix agricoles. Les importations, les coûts du transport, les prix de l’énergie, les politiques commerciales et les conditions de marché interviennent également.

C’est là que réside l’intérêt économique du concept de climateflation. Il oblige à rapprocher deux domaines longtemps étudiés séparément : la politique climatique et la stabilité des prix. La BCE souligne d’ailleurs que les effets climatiques constituent désormais un risque à prendre en compte dans l’analyse de l’inflation et de la politique monétaire.

Pour les politiques agricoles africaines, la réponse passe alors aussi par la résilience : amélioration de l’irrigation, diversification des cultures, variétés adaptées, stockage, systèmes d’alerte climatique et meilleure organisation des marchés. Car si le changement climatique devient progressivement un facteur de pression sur les prix alimentaires, adapter les systèmes de production devient aussi une manière de protéger le pouvoir d’achat.

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