Climat : le Ghana appelle la CEDEAO à financer la résilience régionale

À Accra, le débat climatique prend une dimension nouvelle. Réunis au Parlement de la CEDEAO, les responsables ouest-africains ne parlent plus seulement de réduction des émissions ou de protection de l’environnement. Ils mettent désormais l’accent sur les moyens financiers nécessaires pour adapter les territoires, protéger les populations et prévenir les conséquences sécuritaires du dérèglement climatique. Une évolution qui place le financement de l’action climatique au cœur de la résilience régionale.

Le sujet est au centre du deuxième séminaire parlementaire de la sixième législature du Parlement de la CEDEAO, organisé à Accra du 21 au 27 septembre 2026. Les échanges portent notamment sur les liens entre changement climatique, dégradation environnementale, déplacements de populations et insécurité.

Le financement, condition de l’action

La vice-présidente du Ghana, Jane Naana Opoku-Agyemang, a appelé les États de la CEDEAO à renforcer les investissements dans l’agriculture résiliente, la gestion de l’eau, la protection du littoral et les énergies propres. Elle défend également une meilleure mobilisation des financements climatiques et une coordination plus étroite entre les pays.

Cette demande intervient alors que les besoins financiers apparaissent considérables. Au Ghana, l’Environmental Protection Authority estime à 22,6 milliards de dollars les ressources nécessaires pour mettre en œuvre les actions climatiques du pays à l’horizon 2030. Ce montant donne une idée de l’écart qui peut exister entre les engagements climatiques et les ressources effectivement disponibles pour les concrétiser.

L’enjeu dépasse donc la recherche de financements extérieurs. Il concerne aussi la capacité des États à inscrire l’adaptation et la prévention des risques dans leurs budgets, avec des programmes identifiables, des responsables désignés et des résultats mesurables.

Du climat à la sécurité régionale

À Accra, le changement climatique est également abordé comme un facteur susceptible d’amplifier des fragilités existantes. La présidente du Parlement de la CEDEAO, Hadja Mémounatou Ibrahima, souligne que la dégradation des terres, les inondations, l’érosion côtière et la baisse de la productivité agricole affectent déjà les moyens de subsistance de nombreuses communautés. Ces pressions peuvent contribuer aux déplacements et accroître les tensions autour de ressources comme l’eau, les terres et les forêts.

Le Parlement régional souhaite ainsi rapprocher politique climatique, développement et sécurité humaine. Parmi les pistes mises en avant figurent le renforcement des systèmes d’alerte précoce, une meilleure gestion des terres et de l’eau, ainsi qu’une participation accrue des femmes et des jeunes aux politiques de résilience.

Une réponse qui doit être régionale

L’approche défendue à Accra repose sur un constat : les conséquences climatiques ignorent les frontières nationales. Les bassins hydrographiques, les zones côtières, les marchés agricoles et les mouvements de populations relient les pays de la CEDEAO.

Le financement climatique pourrait donc gagner en efficacité lorsqu’il accompagne des mécanismes régionaux : partage des données climatiques, systèmes d’alerte interconnectés, infrastructures adaptées, gestion concertée des ressources naturelles et dispositifs communs de prévention des catastrophes.

Cette orientation rejoint les discussions budgétaires ouvertes parallèlement à Accra. La deuxième session extraordinaire du Parlement doit notamment examiner le budget de l’institution pour 2027. Pour sa présidente, l’exercice budgétaire doit permettre de relier les ressources disponibles aux priorités et aux résultats attendus.

Au fond, le débat climatique de la CEDEAO pose une question très concrète : combien la région est-elle prête à investir aujourd’hui pour réduire le coût humain, économique et sécuritaire des crises climatiques de demain ? Pour les pays ouest-africains, renforcer la résilience ne relève plus uniquement de la politique environnementale. C’est désormais une question de développement, de financement et de stabilité régionale.

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