À Yaoundé, les acteurs du monde rural et de l’environnement veulent réconcilier deux urgences souvent présentées comme contradictoires : nourrir les populations et préserver les forêts. Réunis du 25 au 27 août 2026, ils défendent l’agroécologie comme une voie vers davantage de souveraineté alimentaire dans le Bassin du Congo.

À première vue, la forêt et l’agriculture semblent se livrer une bataille sans fin. Pour gagner de nouvelles terres cultivables, les agriculteurs avancent parfois sur les espaces forestiers. Et lorsque les forêts reculent, ce sont aussi les ressources alimentaires et les moyens de subsistance de nombreuses communautés qui sont fragilisés.
Dans le Bassin du Congo, l’équation est devenue particulièrement sensible. La région abrite l’un des grands ensembles forestiers tropicaux de la planète. Ses forêts jouent un rôle majeur dans la régulation du climat, la biodiversité et l’alimentation des populations qui vivent à proximité ou à l’intérieur de ces écosystèmes.
Mais les pressions s’accumulent : agriculture, exploitation du bois, développement des infrastructures, activités minières et expansion démographique. Dans plusieurs territoires, la forêt reste également une source directe de nourriture, de revenus et de produits médicinaux.
Produire davantage sans sacrifier la forêt
À Yaoundé, le message porté par les participants à la deuxième Conférence sur le Bassin du Congo est clair : il ne suffit plus de protéger des espaces forestiers sur des cartes. Il faut aussi offrir aux populations des moyens de vivre et de produire autrement.
La Déclaration de Yaoundé 2026 met l’accent sur l’agroécologie, les systèmes alimentaires durables, la biodiversité et les droits des communautés. L’ambition est de faire passer les expériences locales à une autre échelle, en intégrant ces pratiques dans les politiques publiques agricoles et environnementales.
Sur le terrain, cette approche suppose de restaurer les sols, diversifier les cultures, valoriser les semences adaptées aux territoires et limiter la dépendance aux intrants chimiques. L’objectif est de produire suffisamment sans considérer la forêt comme une réserve inépuisable de terres agricoles.
Mais cette transformation ne pourra être durable sans les populations qui vivent de ces territoires. La sécurisation des droits fonciers communautaires et coutumiers apparaît ainsi comme un enjeu central. Les communautés doivent pouvoir participer aux décisions concernant les projets agricoles, miniers, forestiers ou d’infrastructures susceptibles de bouleverser leurs moyens de subsistance.
Les communautés au cœur d’un défi régional
Des expériences menées dans certains pays montrent déjà qu’il est possible d’associer production agricole et conservation. En République démocratique du Congo, par exemple, des initiatives combinent agroécologie et activités génératrices de revenus comme l’apiculture. L’objectif est de permettre aux populations d’améliorer leurs revenus tout en réduisant la pression exercée sur les espaces forestiers.
Le défi dépasse cependant les frontières nationales. Le Bassin du Congo s’étend sur six pays : Cameroun, République centrafricaine, République du Congo, République démocratique du Congo, Gabon et Guinée équatoriale. Les dynamiques de déforestation, d’exploitation forestière, d’activités minières ou de commerce des produits agricoles s’inscrivent dans des chaînes qui traversent les frontières.
D’où la nécessité d’une meilleure coordination entre les États, les organisations régionales, les chercheurs, les producteurs et les organisations de la société civile. La Déclaration de Yaoundé appelle justement à renforcer cette coopération et à mettre en place des mécanismes de suivi des engagements.
Car derrière la protection des arbres se joue une question beaucoup plus vaste : celle de la capacité de l’Afrique centrale à nourrir sa population sans épuiser ses ressources naturelles.
Dans le Bassin du Congo, la souveraineté alimentaire ne pourra donc pas être durable si elle se construit contre la forêt. Elle devra se construire avec elle.


