Sécurité alimentaire au Bénin : produire plus ne suffit plus

Le Bénin dispose d’un potentiel agricole important, mais la sécurité alimentaire ne se résume pas à remplir les greniers. Entre changement climatique, dégradation des terres, coût des aliments et insuffisance de la diversité nutritionnelle, le pays doit désormais relever un défi plus complexe : garantir à chaque citoyen une alimentation suffisante, saine, accessible et durable.

Pendant longtemps, la sécurité alimentaire a été principalement associée à la capacité d’un pays à produire suffisamment de nourriture. Cette approche devient aujourd’hui trop étroite. Selon la Banque mondiale, elle repose sur quatre dimensions indissociables : la disponibilité des aliments, leur accessibilité physique et économique, leur bonne utilisation nutritionnelle et la stabilité de ces conditions dans le temps.

Au Bénin, les indicateurs de production montrent pourtant des avancées. La production céréalière de 2025 est estimée à environ 2,9 millions de tonnes, soit 20 % de plus que la moyenne des cinq années précédentes. Mais cette performance cohabite avec une vulnérabilité persistante : plus de 201 000 personnes devraient connaître une situation d’insécurité alimentaire aiguë pendant la période de soudure de juin à août 2026.

Du rendement agricole à l’accès au repas

Le paradoxe est révélateur. Un pays peut produire davantage sans que tous ses habitants puissent mieux se nourrir. Le problème se situe alors dans l’accès au marché, le pouvoir d’achat, les prix, les infrastructures de stockage et de transport, mais aussi dans la qualité de l’alimentation.

Au Bénin, GAIN estime que le prix élevé des aliments constitue un obstacle majeur à l’accès à une alimentation diversifiée. L’organisation indique que les ménages consacrent en moyenne 63 % de leur budget à l’alimentation et qu’une très grande partie de la population ne peut accéder à un régime sain et diversifié.

Cette réalité impose de dépasser la logique du « produire davantage ». Il faut aussi produire mieux, diversifier les cultures, réduire les pertes après récolte et rapprocher les aliments nutritifs des consommateurs.

Des sols à protéger pour nourrir demain

La question alimentaire est également une question environnementale. Au Bénin, la dégradation des terres menace directement la productivité agricole. Le gouvernement estime qu’environ 38 % du territoire était classé comme dégradé selon une enquête de 2019. Un projet lancé en 2026 entend justement promouvoir des systèmes alimentaires plus durables et plus résilients.

L’agriculture béninoise devra donc composer avec des pluies plus irrégulières, les épisodes de sécheresse, les inondations et l’appauvrissement des sols. La diversification agricole, l’agroécologie, la restauration des terres et la gestion durable de l’eau ne sont plus seulement des options environnementales : elles deviennent des instruments de sécurité alimentaire.

La nutrition, l’autre moitié du problème

Remplir l’assiette ne suffit pas. Encore faut-il qu’elle soit équilibrée. La création de l’Agence nationale de l’alimentation et de la nutrition (ANAN) en 2023 traduit cette volonté de mieux coordonner les politiques publiques alimentaires et nutritionnelles. L’agence est notamment chargée de promouvoir une alimentation saine et d’améliorer durablement l’état nutritionnel de la population.

Les initiatives d’enrichissement des aliments, de diversification des régimes et d’alimentation scolaire participent à cette transformation. GAIN travaille notamment au Bénin sur les aliments enrichis, les chaînes agroalimentaires et la promotion d’aliments nutritifs produits localement.

Le véritable enjeu est désormais de construire un système alimentaire capable de résister aux chocs climatiques et économiques tout en restant accessible aux ménages les plus modestes. La sécurité alimentaire du Bénin ne se jouera donc pas uniquement dans les champs, mais aussi dans les marchés, les écoles, les politiques publiques et la capacité à préserver les ressources naturelles.

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