Sénégal : la Banque Agricole mise sur des financements adaptés au monde rural

Face aux besoins croissants de financement du secteur agricole, la Banque Agricole du Sénégal diversifie ses solutions pour accompagner les producteurs et les autres acteurs des chaînes de valeur. Une approche qui combine crédit agricole, mécanismes de garantie et financement de solutions énergétiques adaptées aux exploitations.

Le financement reste l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les acteurs agricoles en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, la Banque Agricole cherche à apporter des réponses adaptées aux réalités des exploitations et des entreprises du secteur. Lors d’un webinaire organisé à l’initiative du Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF), Marie Berthe Sambou, responsable du pôle secteur primaire de l’établissement, a présenté l’expérience de la banque en matière de financement agricole.

Des crédits pour différents maillons des chaînes de valeur

La Banque Agricole intervient sur plusieurs segments de l’activité agricole. Son offre couvre notamment les besoins liés à la production, à la transformation et à la commercialisation. Cette approche permet de ne pas limiter le financement à la seule phase de production, mais de prendre en compte l’ensemble de la chaîne de valeur.

L’établissement dispose également de mécanismes destinés à faciliter l’accès au financement pour certains acteurs. Une étude consacrée aux mécanismes de financement de la transition agroécologique dans la CEDEAO relève notamment l’existence de crédits à moyen terme, de lignes de refinancement destinées aux systèmes financiers décentralisés ainsi que de produits liés aux énergies renouvelables.

Parmi ces solutions figure notamment Woomal Mbay, un dispositif consacré au pompage et à l’irrigation solaires. Il peut être destiné à des agriculteurs individuels, des entreprises ou des groupements d’intérêt économique. La banque propose également des solutions associées au biogaz et aux foyers améliorés.

Vers une finance agricole plus innovante

Au-delà des crédits classiques, la Banque Agricole s’appuie également sur des mécanismes permettant de mobiliser des ressources plus importantes. En mai 2026, elle a ainsi réalisé une opération de titrisation ayant permis de mobiliser 80 milliards de francs CFA à travers le Fonds commun de titrisation de créances « Croissance Agricole ». Les obligations issues de cette opération ont été admises à la cote de la BRVM.

Cette évolution illustre une tendance plus large : faire davantage appel aux marchés financiers pour renforcer les capacités de financement du secteur agricole. L’enjeu est particulièrement important dans un contexte où les exploitations ont besoin de ressources adaptées à des investissements de moyen et long terme.

La Banque Agricole bénéficie par ailleurs d’un positionnement spécifique dans le financement du secteur. Issue de l’ancienne Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal, elle est devenue La Banque Agricole en 2019 et dispose d’un réseau destiné à assurer une proximité avec les acteurs économiques du pays.

Un enjeu qui dépasse les frontières sénégalaises

L’expérience sénégalaise intervient alors que plusieurs pays ouest-africains cherchent à améliorer l’accès des producteurs au crédit. Au Sénégal, le Pacte AgriConnect, lancé en 2026 avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, place notamment les céréales, l’horticulture et l’élevage parmi les chaînes de valeur prioritaires pour la transformation du système agroalimentaire.

La question n’est donc plus seulement de trouver des financements, mais de développer des produits correspondant aux cycles agricoles, aux risques climatiques et aux besoins d’investissement des exploitations. La diversification des instruments financiers apparaît ainsi comme un levier pour rapprocher davantage la finance de l’économie rurale.

Pour les autres pays de la région, notamment ceux qui cherchent à renforcer leur souveraineté alimentaire, l’expérience sénégalaise offre une piste de réflexion : un financement agricole efficace doit aller au-delà du simple crédit et accompagner l’ensemble de la chaîne de valeur.

@ceevalbenin

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