Plus de 5 000 participants venus de plus de 50 pays sont attendus à Kigali, au Rwanda, pour la 20e édition du Forum africain sur les systèmes alimentaires. Du 1er au 4 septembre 2026, dirigeants politiques, investisseurs, agriculteurs, chercheurs, entrepreneurs et organisations de la société civile vont tenter de répondre à une question devenue centrale : comment transformer les systèmes alimentaires africains tout en créant des emplois et en renforçant leur résilience face aux crises ?

À Kigali, les discussions ne porteront pas uniquement sur les récoltes. Elles s’intéresseront aussi à l’argent, aux marchés, au climat, aux technologies et à la jeunesse. Pour sa 20e édition, le Africa Food Systems Forum (AFS Forum) veut placer l’investissement au cœur de la transformation agricole du continent.
Le rendez-vous, organisé au Kigali Convention Centre, se tient sous le thème : « Investir dans les systèmes agroalimentaires africains : nourrir les nations, créer des emplois et renforcer la résilience ». Cinq grands axes structurent les échanges : financement et investissement, sécurité alimentaire et nutrition, résilience climatique, jeunesse et innovation numérique, ainsi que commerce, marchés et chaînes de valeur.
De la déclaration à l’action
Vingt ans après ses débuts, le Forum veut désormais mesurer sa réussite autrement. L’enjeu n’est plus seulement de réunir les décideurs autour de grandes orientations, mais de faire émerger des investissements capables de produire des effets concrets dans les territoires.
Le financement des systèmes agroalimentaires occupe ainsi une place centrale. Le « Deal Room » doit mettre en relation entreprises, investisseurs, institutions financières et décideurs publics. L’objectif est de faire émerger des projets finançables, de conclure des partenariats et d’accélérer le passage de l’idée à l’activité économique.
Cette ambition intervient alors que les agricultures africaines doivent composer avec plusieurs urgences simultanées : dérèglement climatique, pression démographique, déficit d’infrastructures, faiblesse des investissements, pertes après récolte et difficultés d’accès aux marchés. Le continent doit donc produire davantage, mais aussi mieux transformer et mieux commercialiser ses productions.
La jeunesse sera l’un des autres visages de cette transformation. Le programme prévoit plusieurs espaces consacrés aux jeunes entrepreneurs agricoles, à l’innovation numérique et aux solutions permettant de faciliter leur accès au financement et aux marchés. L’idée est de faire de la jeunesse non plus seulement une bénéficiaire des politiques agricoles, mais une véritable force économique des systèmes alimentaires africains.
Le climat occupe également une place importante. Agriculture résiliente, gestion de l’eau, innovations technologiques et adaptation des exploitations figurent parmi les pistes explorées. Car derrière les chiffres des investissements se trouve une réalité très concrète : celle des producteurs confrontés à des saisons agricoles de plus en plus incertaines.
Quel impact pour les pays africains ?
Pour le Bénin et les autres pays d’Afrique de l’Ouest, les débats de Kigali résonnent particulièrement. La transformation des productions agricoles, le développement de l’agro-industrie, l’amélioration des infrastructures de stockage et de transport et l’accès aux marchés régionaux constituent des enjeux majeurs.
Le Forum entend notamment renforcer le commerce intra-africain et les chaînes de valeur régionales. L’objectif est de permettre aux producteurs africains de vendre davantage sur les marchés du continent, plutôt que de rester cantonnés à l’exportation de matières premières peu transformées.
À Kigali, les décideurs africains disposent donc de quatre jours pour transformer les discours en engagements, puis les engagements en projets. C’est peut-être là le véritable défi de cette 20e édition : faire en sorte que les milliards annoncés se traduisent, sur le terrain, par des exploitations plus productives, des aliments plus accessibles, des entreprises agricoles viables et des emplois pour les jeunes.
Car au bout de la chaîne, la réussite d’un système alimentaire ne se mesure pas seulement au montant des investissements mobilisés. Elle se mesure aussi à la capacité d’un agriculteur à vivre de son travail, d’une famille à accéder à une alimentation saine et d’un jeune Africain à trouver dans l’agriculture une véritable perspective d’avenir.


