À Cotonou, quand l’écologie parle enfin le langage de la vie

Dans une salle habituellement dédiée aux débats académiques, les mots ont pris un poids particulier. Ici, il n’était pas seulement question de concepts, mais de vies menacées, de terres fatiguées et d’un avenir incertain. À l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest, chercheurs, responsables religieux, acteurs publics et citoyens engagés se sont retrouvés autour d’une même préoccupation : comment continuer à vivre sur une planète qui s’épuise ?

Le colloque international intitulé « Écologie intégrale pour la survie et le bien-être de la création » n’a pas cherché à embellir la réalité. Il l’a regardée en face. Car au Bénin comme ailleurs en Afrique, les signes de la crise écologique sont déjà là : côtes rongées par la mer, sols appauvris, saisons imprévisibles, communautés fragilisées.

Quand la terre souffre, l’humain vacille.

Dès l’ouverture, un constat s’est imposé : la crise écologique n’est pas une crise parmi d’autres. Elle traverse l’économie, la santé, la sécurité alimentaire, la spiritualité même. Pour Mgr Roger Houngbédji, archevêque de Cotonou, parler d’écologie intégrale, c’est reconnaître que « la vie nous concerne tous » et que le bien-être de la création ne peut être dissocié de celui des peuples.

Ce langage, loin d’être théorique, rejoint une réalité quotidienne : celle des pêcheurs qui voient la mer avancer, des agriculteurs qui perdent leurs récoltes, des familles contraintes de s’adapter sans toujours comprendre pourquoi. Ici, l’écologie cesse d’être un débat lointain pour devenir une question de survie.

Une parole morale face à l’injustice climatique

La voix du Cardinal Fridolin Ambongo, président du SCEAM, a résonné comme un rappel de responsabilité. Pour lui, la crise écologique est aussi une crise de justice. Ceux qui polluent le moins sont souvent ceux qui souffrent le plus. L’Afrique, bien que peu responsable des dérèglements climatiques, en paie déjà le prix fort.

Son appel à une conversion écologique ne visait pas uniquement les consciences individuelles, mais aussi les systèmes économiques et politiques qui sacrifient la nature et les plus vulnérables au nom du profit. Protéger la création, a-t-il insisté, c’est aussi protéger la dignité humaine.

Quand l’État et les communautés se parlent

Présent au colloque, le ministre béninois du Cadre de vie et du Développement durable, José Tonato, a rappelé que la transition écologique ne peut être portée par l’État seul. Elle exige des alliances nouvelles, notamment avec les institutions religieuses, les universités et les communautés locales.

Le programme « Église verte », salué lors des échanges, illustre cette dynamique : faire de la protection de l’environnement une responsabilité partagée, ancrée dans les pratiques quotidiennes, les lieux de culte, les villages et les quartiers.

Penser global, agir local

Durant deux jours, les participants ont échangé sur des sujets concrets : l’érosion côtière, l’aménagement du territoire, la justice environnementale, mais aussi les savoirs traditionnels africains, souvent oubliés, qui enseignent le respect de la terre et des équilibres naturels.

Une sortie de terrain a rappelé une évidence trop souvent négligée : on ne protège bien que ce que l’on connaît. Voir, toucher, écouter les réalités locales permet de dépasser les discours pour entrer dans l’action.

Une écologie enracinée dans l’humain

À Cotonou, l’écologie intégrale s’est révélée moins comme un concept que comme une manière d’habiter le monde autrement. Une écologie qui relie la terre à la table, la foi à l’action, la science à la sagesse populaire.

Ce colloque laisse derrière lui une conviction forte : sauver la création, c’est aussi se sauver soi-même. Et en Afrique, où la relation à la nature reste profondément vivante, cette vision pourrait bien devenir une force de transformation durable, si elle est portée, non seulement par des discours, mais par des choix courageux.


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